enfants bataille oreillersUne enfance sans école - Nouvelles Racines

GUIDER SES ENFANTS (1)

La paix intérieure commence à la source : par une éducation douce, à l’écoute et bienveillante dès la naissance. Elle se crée et se consolide jour après jour au travers des rapports aimants inconditionnels que nous entretenons avec nos enfants. Si nous voulions changer profondément une société, c’est par cela qu’il faudrait commencer.

Passionnée par l’écoute des besoins naturels du corps et par l’éducation positive, j’ai voulu vivre autrement.

Être parent demande déjà tant de ressources… J’ai souhaité nous offrir de la sérénité et la liberté de pouvoir respecter nos rythmes naturels, nos élans. Ne pas avoir à crier pour que mes enfants aillent dormir tous les soirs, à couper leur sommeil naturel et à stresser le matin pour être à l’heure à l’école, à les forcer à rester assis toute la journée à faire des choses qui ne les intéressent pas, à batailler pour les devoirs…

Les rapports humains sont ce qui cimente nos vies et leur donne toute leur richesse. Pourtant, nous évoluons dans un monde qui tourne à l’envers, où nous devons aller travailler pour avoir de quoi payer des personnes qui vont s’occuper de nos enfants à notre place. 

Je voulais profiter d’eux. Les observer et les guider dans leur découverte du monde, les voir grandir et m’émerveiller de chaque étincelle de compréhension et d’intelligence qui s’allume en eux.

Je voulais leur prodiguer sans contrainte l’amour profond et inconditionnel dont seul un parent est capable. Les écouter et leur donner patience et confiance. Je voulais qu’ils m’apprennent à grandir, à développer ma ma résilience, à vivre dans l’instant présent et à étendre ma perception de toutes les dimensions de l’humain.

Cette période qu’est l’enfance est si courte et si précieuse !

Je ne voulais pas manquer ces moments en m’éloignant toute la journée pour ne les voir que le matin dans le rush des préparatif d’une journée de boulot, puis le soir après une journée fatigante de travail. Je ne voulais pas que le stress des horaires et des obligations m’empêche de vivre leur éveil au monde pleinement et dans la joie.

Je voulais créer du bien-être et de la paix à ma façon dans mon foyer, pour leur apprendre à s’écouter et à avoir confiance en eux. Respecter leur essence pour leur apprendre à le faire pour eux-mêmes et pour les autres. Les respecter en tant que petits humains uniques, les laisser s’épanouir à leur façon, à leur rythme et selon ce qui faisait vibrer leur cœur…

En bref, bâtir une paix solide et durable en eux et dans leur rapport avec le monde.

Pour tout cela, j’ai renoncé à les mettre à l’école.

mes propres années d'école à la maison

Je n’ai pas été en crèche ni en maternelle.

Lorsque mon frère, ma sœur et moi étions petits, nos parents vivaient au plein centre du Tchad, en Afrique, dans un petit village de brousse nommé N’Gouri. Mon père travaillait sur des projets d’accès à l’eau potable pour la population locale. Institutrice, ma mère nous a fait l’école à la maison pendant 2-3 ans, ce qui consistait pour ma part à gambader et jouer dans le sable.

Dans notre enfance et adolescence nous avons pas mal voyagé et vécu quelques années au Mali et au Tchad, dans des cultures très différentes de la culture occidentale.

Cet exemple de vie m’a prouvé qu’une autre façon de vivre était possible, et que j’avais le droit de choisir la mienne à ma façon.

Contrairement à notre petite sœur, mon frère et moi n’étions pas scolaires. Pourtant j’adorais apprendre, je lisais et j’écrivais beaucoup. J’avais la certitude qu’enseignées autrement, bien des notions m’auraient semblées passionnantes.

C’est ce que j’ai voulu essayer avec mes enfants.

ngouriUne enfance sans école - Nouvelles Racines
ief marionMes propres années d’école à la maison en Afrique - Nouvelles Racines
saut-nohan-shaniMère au foyer, mon guide de survie - Nouvelles Racines

instruire Avec le jeu pour guide

En laissant mes enfants me montrer comment ils fonctionnent, j’ai compris que naturellement, nous sommes des êtres curieux qui avons soif d’explorer notre environnement. Ce qui capte notre intérêt fait naître en nous de l’enthousiasme et l’envie d’en savoir plus, d’entrer en interaction. Nous apprenons ainsi spontanément les lois basiques de la physique, à parler, à marcher… Nous nous laissons enrichir par ce qui nous plait et nous fait du bien, selon un rythme qui nous est propre.

Le jeu est notre guide, car c’est un mécanisme naturel qui induit un effort spontané pour parvenir à un apprentissage de façon autonome. Ainsi, laisser pleinement jouer un enfant lui donne le goût de l’effort et préserve son envie et sa capacité d’apprendre. Cela est valable autant pour les jeux physiques que virtuels.

Il m’a semblé qu’aucun enfant ne naît avec un manque de confiance en lui ni avec la peur de l’échec. Elle survient lorsque l’enthousiasme de l’enfant a été trop brimé par le système d’obligations, punitions et  récompenses.

Sans cris ni punitions

Pour préserver la paix du quotidien, j’ai veillé à lâcher prise sur les attentes que nous impose la société vis à vis des enfants afin de les accueillir tels qu’ils sont. Cela me semblait tellement plus serein, et plus juste aussi vis à vis d’eux. Je ne demandais plus à mes enfants ce qu’ils ne pouvaient pas me donner, me libérant de la tension qu’aurait créé en moi leur refus ou leur incapacité. Ils m’ont appris à les écouter véritablement, à leur faire confiance et à respecter leurs limites.

Ainsi, suivant les besoins que leurs réactions m’indiquaient, je les ai portés en écharpe contre moi dès leur naissance, nous avons dormi ensemble des années et ils ont été allaités plusieurs années chacun.

En lâchant prise sur nos idées reçues et nos attentes d’adultes, nous éliminons les moments de lutte, de stress et de colère. Lorsque ces émotions survenaient en moi, je pouvais m’autoriser à prendre tout le temps nécessaire pour les accueillir et les transcender, opérant une véritable et magnifique transformation à l’intérieur de moi. Lorsque je suis débordée émotionnellement, j’ai appris à trouver refuge dans l’instant présent, en écoutant mes sensations physiques et en respirant pour les calmer en moi et me réajuster. C’est tout un apprentissage…

Comme nous apprenons aussi par imitation, les comportement que nous développons moduleront beaucoup la façon qu’auront nos enfants d’interagir avec le monde. 

Cela peut sembler surréaliste, pourtant chez nous il n’y a réellement pas de cris ni de disputes, et jamais de punitions. Bien rares sont les fois où je me suis fâchée face à mes enfants, je m’en suis toujours excusée au près d’eux, et je suis convaincue que cela leur a donné l’exemple qui permet de tisser entre eux et avec leurs proches des liens plus sereins et pacifiques.

shani-be-the-changeUne Vie Sur Mesure - Nouvelles Racines
FORÊTUne enfance sans école - Nouvelles Racines

15 années sans école

Ainsi, Nohan et Shani ont grandit à mes côtés. Notre quotidien était fait de jeux, de balades et de rencontres quasi quotidiennes avec une association parents-enfants où nous nous sommes fait de vrais amis, végétariens, végans et écolo.

Notre appartement, situé en rez-de-jardin, était devenu le quartier général des enfants du lotissement. Nous avions un portique dans le salon, des jouets partout, les meubles ne craignaient rien et tout y était très coloré. Le samedi matin, notre petit voisin venait sonner, en pyjama, pour regarder les dessins animés à la télé avec nous. Le midi entre les cours, les plus grands venaient nous saluer.

Nous fonctionnions principalement en unschooling, avec des périodes d’apprentissages informels (j’ai développé des méthodes informelles pour les aider) et formels les semaines avant l’inspection annuelle. Les trois dernières années, Nohan n’a pas été inspecté ! Autant dire qu’il n’a pas « travaillé ».

Les enfants étaient autonomes pour se lever, se préparer, et on vivait au grès de nos envies, créations et passions. On voyageait quand on voulait et on passait beaucoup de temps chez leurs grands parents avec les autres membres de la famille.

L'arrivée dans la scolarité classique

En 2023, respectivement âgées de 15 et 12 ans, Nohan et Shani sont entrés pour la première fois à l’école. Ils avaient eu le choix et avaient bien voulu essayer. Nohan était proche de ses 16 ans, l’âge de la fin de l’instruction obligatoire. Après 15 ans de unschooling presque total, il est entré au lycée en classe de seconde.

Crois-le où non, cela s’est super bien passé ! Après les premières semaines de découverte et d’adaptation, sa moyenne est restée aux alentour de 14. Totalement autonome, je n’ai pas une seule fois eu besoin de lui dire d’aller réviser ou de faire ses devoirs. J’ai pu constater en action que malgré qu’il soit né avec un trouble autistique et anxieux, il était devenu un jeune homme sûr de lui et bien dans sa peau, capable de s’adapter sans timidité. Il s’est même mis au sport ! Bilingue en anglais et étant dans un collège avec de nombreux élèves étrangers, il a pu servir d’aide et d’intermédiaire. Il a vite été proche de tout ses professeurs, avec lesquels il discutait souvent à la fin du cours pour avoir des avis et des conseils. Dans sa classe, un autre élève avait fait des années d’école à la maison et ils sont devenus meilleurs amis. Nohan était très doué en maths et en informatique, et ce qui lui a donné du fil a retordre était les commentaires de textes en français et histoire géo.

Shani est entrée en classe de 5eme. Sa moyenne a, elle aussi, tourné autour de 14 et on peut dire qu’elle a réussi son année haut la main. Elle s’est faite un bonne bande de copines et a vécu de nombreux succès, comme le jour où elle a gagné à un concours artistique avec 430 votes des élèves de son collège (les professeurs étaient épatés) ! Elle a organisé une mini tombola pour toutes les filles de sa classe, à joué au piano devant sa classe… Elle n’a pas aimé faire des mathématiques, matière où elle a pris du retard. Elle était plus réservée avec ses professeur que son frère, et trouvait qu’ils étaient traités comme des bébés avec peu de libertés. Elle a trouvé que la plupart des enfants manquaient de maturité émotionnelle et se disputaient beaucoup, ne sachant pas gérer les conflits. Elle est devenue la médiatrice de bien des conflits.

Lorsqu’on sait qu’ils viennent d’un unschooling presque total, le bilan est super bon ! Cependant ils ont senti qu’ils fatiguaient les deux derniers mois de classe, et avait besoin de vacances. Ils ont trouvé que le rythme des devoirs était trop intense et qu’ils avaient trop peu de temps pour eux, pour flâner à leurs occupations et profiter de la vie. Ils vont vers la rentée suivante, 2024-2025 avec une bonne volonté mais moins d’enthousiasme et trouvent que « l’école c’est nul ». Mais ils ont l’âge où ils savent prendre sur eux, profiter des moments sympa pour supporter ceux plus pénibles, et ils savent que ça ne durera pas toute la vie…

nohan et shani iefUne enfance sans école - Nouvelles Racines
Nohan et Shani école a la maisonUne enfance sans école - Nouvelles Racines
ief11 années de #lifeschooling : notre “non-rentrée” des classes 2020. - Nouvelles Racines

reconnaissance

Je suis extrêmement fière d’eux. En tant que mère, cette année m’a aussi fait du bien au moral, car voir que ce que j’ai voulu transmettre (le plaisir d’apprendre, l’autonomie, la responsabilisation, la gestion des émotions, la confiance en soi, la capacité à socialiser de manière épanouissante…) à réellement porté ses fruits est un succès personnel qui fait du bien à cette estime de soi qui est tant ballotée lorsqu’on fait des choix à contre courant de tous.

Je suis heureuse et reconnaissante d’avoir pu vivre ça avec eux et de continuer à être proche de ces deux êtres magnifiques.